Maxime Boilard, OLY Président, coach et conférencier

Maxime Boilard, OLY
Président, coach et conférencier

L’IMPLOSION OLYMPIQUE

La difficile fin du skiathlon d’Alex Harvey m’a vraiment touché. J’ai une grande admiration pour Alex. J’ai repensé plusieurs fois à sa course. Il était en maîtrise. Il faisait une superbe course. Son père nous avait dit plus tôt dans le reportage que c’était sa meilleure chance de médaille selon lui. On était en attente de la médaille historique. L’équipe radio-canadienne se faisait des plans pour être à la hauteur et capter le moment historique. Puis les Norvégiens ont décollé à 2km de la fin. Alex a pris le coup et l’impact a été dévastateur. Il a dit à son père après sa course qu’il a complètement sauté quand il a réalisé qu’il ne serait pas sur le podium. Il termina 8e. Alex ne l’avait pas encore digéré en entrevue. On le voit dans son regard. Il ne l’accepte pas. Son père nous dit que c’était le podium ou rien…

J’ai aussi repensé à l’expérience du judoka Antoine Valois Fortier à Rio. On se souviendra à quel point il avait ému tout le monde lorsqu’il avait fait ses entrevues en pleurs, tellement il était anéanti après avoir perdu un match qui rendait l’or olympique impossible pour lui. Antoine s’était, consciemment ou non, pointé à Rio pour l’or ou rien. J’y avais fait allusion dans une chronique que j’écrivais dans la Presse.

Le kayakiste Adam Vankoeverden l’a également vécu à Pékin alors qu’il visait l’or au 1000m (sa seule chance d’amélioration de son rang mondial, lui qui était champion du monde au 500m et 2e au 1000m), au moment précis où il a compris que le Britannique l’emporterait, bang! C’était la fin du duel. Adam était KO. Il termina 8e. Anéanti, 5 minutes plus tard sur le quai, il s’excusait au pays tout entier de l’avoir laissé tomber.

Mon humble expérience à moi aux qualifications olympiques de 2004 était très similaire dans le sens où quand j’ai réalisé qu’on nous rattrapait en fin de course et qu’une participation olympique était en train de nous échapper, il était trop tard. Un choc que j’ai ressenti était foudroyant… Je ne supportais plus l’idée de devoir finir la course. Dans mon cas, je dirais que c’était plus un feeling d’implosion que d’explosion dans la mesure où ça se passe par en dedans et que l’énergie s’écoule en quelques secondes et qu’après j’avais l’impression d’être une momie, incapable de bouger.

À ce moment précis, il se passe quelque chose de très fort. Je le décrirais comme l’expérience d’un clash foudroyant entre ce qu’on veut comme si notre vie en dépendait et ce qu’on peut dans le moment. Sur le coup, les répercussions physiologiques sont hallucinantes. Nous avions une 2e chance de qualification olympique le lendemain, mais je n’étais pas encore remis du choc de la veille – nous avons perdu à nouveau. Cela m’a pris quelques semaines à me remettre de cette expérience. Antoine, malheureusement, n’avait pas de 2e chance à Rio. Adam, lui avait la finale du 500m le lendemain. Il a pris le 2e rang. Un résultat qui aurait été décevant pour un Adam en forme puisqu’il n’avait pas perdu cette course depuis plus d’une année au niveau mondial. Toutefois, derrière ce résultat se cachait un revirement psychologique magistral.

Cette expérience place donc selon moi Alex Harvey face à un défi encore plus grand et plus beau au niveau humain que celui de gagner une médaille olympique. Il est appelé à se relever et skier comme il sait le faire pour être satisfait de sa performance et ce, peu importe ce que feront les Norvégiens.