20180228Maxime Boilard0137WebLe sport est une métaphore de la vie qui nous aide à nous comprendre et à nous développer. C’est simple, dans le sport il y a le corps. Quand on travaille avec le corps, il n’y a que très peu de place pour le mensonge. On a beau s’enthousiasmer avec la tête à propos du potentiel, le corps va nous ramener les pendules à l’heure.

Un peu de contexte : en avril 2014 nous étions en famille chez mon frère pour Pâques. C’était le week-end du Marathon de Boston. Ma fille avait deux ans. Mon garçon 4 mois. La parentalité me rentrait dedans. C’était la mi-trentaine. J’étais confus par rapport à ce que je voulais faire avec mon entreprise. Les clients le sentaient. Les ventes étaient anémiques. On était à -30 000$ sur une marge de crédit de 50 000$. Je me cherchais. Je soupçonnais que la course à pied que je pratiquais déjà depuis quelques années puisse m’aider à sortir de mon sentiment de stagnation. La possibilité de me fixer un objectif à long terme, de garder le cap et de ne plus “être pressé” a tranquillement fait son chemin. Et si je visais le marathon sous les 3 heures en 2018 pour mes 40 ans? À ce moment-là mon meilleur temps au marathon était 3h18m.

Mon objectif était-il réaliste? Pour avoir une amorce de réponse, je me suis assis avec mon coach, Dorys Langlois, un vrai druide de la course à pied qui connait la recette du succès pour chacun des coureurs sous sa gouverne. Rapidement il a su se montrer confiant en mon potentiel et surtout méthodique. Il m’a dit ce qui devait arriver en 2014, 2015, 2016, 2017 pour y arriver en 2018! Il a eu la sagesse de me parler d’un plan idéal. La vie à l’extérieur des running shoes ayant préséance sur le planning idéal. Après tout, je ne suis plus un “ athlète de haut niveau” depuis longtemps. Ce que je veux dire ici c’est que l’athlète de haut niveau organise sa vie en fonction de son sport qui a préséance sur tout le reste. Ici, la famille, le boulot et la course forment un trio complémentaire… Je tiens tout de suite à dire qu’on s’est dit mon frère et moi que courir sur les heures du boulot serait une clef pour ne pas affecter la famille. On disait à la blague que je devais m’entendre avec mon patron (moi-même) pour négocier mes horaires… Je pensais avoir un patron flexible et cool. Toutefois, je prenais l’engagement au cœur d’un grand creux au niveau du travail. J’avais du temps puisque je n’avais pas de contrats… On s’est finalement rendu à -50 000$ sur la marge de 50 000$ avec l’entreprise, j’ai sauté plusieurs semaines de salaire… avant de rebondir! Je ne comprenais pas à ce moment-là comment j’allais me sentir une fois que les projets de CANU reprendraient leur vitesse. Autant dire que j’ai fait plusieurs longues courses avec les enfants dans le charriot double, des allers et retours au travail à la course, et que j’ai eu la chance d’être supporté par ma blonde lorsqu’il devenait impossible de courir sur les heures du travail.

Année après année, Dorys se faisait rassurant. 2014 et 2015 m’ont donné ma plus forte progression au 5km. En 2016, je me suis enthousiasmé et j’ai payé le prix… Grande croissance au boulot, la vente du condo et l’achat de la maison, le déménagement… Et j’ai eu l’idée d’embarquer dans un cycle de marathon avec les amis du club de course qui eux étaient prêts à passer sous les 3 heures. Ma première tentative de réaliser le projet arrivait trop vite une année où je m’en étais trop mis sur les épaules… J’ai échoué et payé le prix! Parti trop vite. J’ai eu mal… Au corps et à l’égo! J’ai appris la leçon… Je note toutefois qu’en prendre trop est un piège qui continue de me guetter.

En 2017, je me suis calmé le pompon et j’ai décidé de revenir sur le plan marathon 2018 pour mes 40 ans. C’est alors que j’ai pris beaucoup de vitesse. Il faut dire que comme canoéiste expert des courses de 500 et 1000m qui sont des efforts de 2 ou 4 minutes, la vitesse à la course est plus facile à aller chercher pour moi alors que la maintenir représente un plus grand challenge. J’allais couper 30 secondes au 5km mais voilà que les ennuis au niveau des heures de sommeil sont venus me couper les ressources lors de 3 de mes 4 courses ciblées. On repassera pour la belle progression confirmée par les chronos en 2017. Cela plaçait une certaine dose d’incertitude pour 2018.

J’ai donc entamé 2018 en me disant que j’allais faire confiance au processus. J’ai été inquiété légèrement pas une blessure au printemps suite à une semaine dans le Sud à marcher en sandales après 5 mois en bottes d’hiver et running shoes… En mai, j’ai pu reprendre l’entraînement déterminé à me rendre au bout, en santé. C’est au début de l’été que les mandats/projets de CANU ont commencé à se multiplier pour des livraisons de la fin août à la mi-octobre. Sur quelques semaines, on a enchaîné des mandats en Beauce, à Montebello, à Québec, à Calgary, à Whistler, à Montréal, en Estrie et en Mauricie sur semaine et le week-end! Mes plus grosses semaines d’entraînement de course à vie ont donc eu lieu pendant les plus grosses semaines de travail à vie… OUF!

Max marathonEt là, la pression de conjuguer les priorités famille, boulot et course a commencé à me rentrer dedans. L’impact sur la famille était palpable. Ma blonde a agité les drapeaux rouges. Mon collègue Christian a noté un manque de patience dans le cadre d’un mandat. Sur le coup, j’ai le réflexe de nier et de blâmer les autres… Je viens d’un monde où le monde tourne autour de moi. Cela m’était utile comme athlète de haut niveau. Quand j’ai un objectif et que je sens la pression… ATTENTION! Vous voulez une image? Pensez à l’aigle qui fonce sur sa proie à 280km/h… Difficile d’apprécier les nuances du paysage automnal ou la douceur de la température de l’air. J’ai donc commencé à la fin septembre à saisir que mes patterns que j’avais vu émerger en 2016 réapparaissaient. Une sorte de flashback de mon égo d’athlète qui revenait me hanter et générer de la souffrance autour de moi et en moi. Heureusement, grâce à mon entourage j’ai pu ajuster le tir avant qu’il ne soit trop tard… Mes collègues au travail ont gentiment accepté de retarder certains projets. Puis j’ai sauté 2 entraînements pour être en famille avant un déplacement à l’autre bout du pays. Enfin, c’était le temps de lever la pédale à l’entraînement puisque le marathon arrivait dans moins de deux semaines… Ce n’est pas exactement ce qu’on appelle un atterrissage en douceur mais cette expérience pour moi fait partie de mon parcours et de mes défis à cultiver mon bien-être. On dit chez CANU que pour être bon, il faut être bien. Nos clients se reconnaissent fortement dans cette philosophie. Facile à dire, mais l’incarner au quotidien est un défi constant. L’expérience des derniers mois a ramené l’importance de garder à l’esprit que pour être bien, il faut savoir lorsque son bien-être et celui de ses proches devient à risque… Je pense que ma pratique de méditation assidue depuis le retour des vacances estivales a également joué en ma faveur. Merci la vie.

Le mardi avant le marathon, c’était le dernier entraînement où on poussait la machine. Je me suis senti superbement bien. Je savais que je n’aurais pas de regret. On se disait les amis présents ce matin là, Phil, Yves, Sandra, Louis, etc. que la prochaine fois où ça allait être difficile, ce serait dans le dernier ¼ de notre course.

Il suffisait maintenant d’exécuter le plan que je portais déjà en moi riche des leçons de toutes ces fois où j’ai voulu être bon alors qu’il me fallait vouloir être bien.