Je courais mon 7e marathon il y a 2 semaines. C’est souvent une opportunité pour moi de prendre un pas de recul sur ma vie. Un moment potentiellement important selon ce que je choisis d’en faire. C’est aussi la chance de tenter une nouvelle approche. Il y a là une intention à incarner pendant un effort assez long pour mettre en évidence un tas de choses dans mon rapport à la performance et au résultat.

C’est en racontant son histoire qu’on se l’approprie. Prendre du temps pour faire un retour en arrière et tranquillement arriver au présent permet de changer le futur. C’est ce qu’on fait chez CANU. On aide nos clients à créer des récits qui vont leur donner plus de moyens et à se départir de ceux qui sont devenus limitatifs pour eux quand il est question de vivre du changement.

On a davantage besoin de sentir qu’on progresse comme être humain que d’être meilleur que les autres ou être meilleur qu’on ne l’a jamais été au chrono. Le mot progrès ici se colle à l’expérience humaine de performance avant et pendant l’effort. Il y a plein de facteurs qui entrent en ligne de compte.

La course c’est une métaphore de la vie. Tu peux la vivre occupé.e à courir plus longtemps, plus vite, plus fort habité par les “il faut” au quotidien. “Il faut que je sois en avant de tel autre coureur”. “Merde, je me fais dépasser, il faut que j’accélère”. “Il faut que je fasse mon meilleur temps.” Finalement, tu cours quand tu as tes runnings aux pieds et tu cours au sens métaphorique également parce que les “il faut” te devancent et ils se renouvellent sans cesse. Tu peux aussi la vivre au présent à l’écoute de comment tu te sens. Tu peux en profiter. Tu peux l’aimer sans devoir battre ton temps. Tu peux passer du “il faut” à “aujourd’hui, j’ai envie de”.74643594_2577494305678158_2371361197715881984_o

Quelques jours avant le marathon, j’ai compris que ce dont j’avais vraiment envie c’était d’aimer la course encore plus à la fin du marathon qu’au départ. Comment expliquer ce changement d’approche dans mon cas? Il faut dire que le même marathon l’an passé était pour moi le point culminant de 4 ans de travail. Je m’étais effectivement demandé s’il était possible pour moi de courir un marathon sous les 3 heures en 2014. Cela allait coïncider avec l’année de mes 40 ans en 2018. C’était une grosse affaire. J’ai d’ailleurs écrit 2 articles sur cette aventure que vous trouverez ici et ici.

2019 a été une année de changements importants pour moi. La rupture d’une relation amoureuse de 10 ans avec la mère de mes enfants. Le déménagement. La garde partagée. Le deuil de la relation. La solitude. Ça faisait beaucoup de choses en même temps. La question de la course a surgi assez tôt dans mon année. Je ne voulais pas que la course soit une pression supplémentaire dans tout ce que j’avais déjà à vivre. Je me suis dit que la course allait être une alliée dans le changement. J’ai donc évité de m’inscrire à des épreuves autres que le marathon de fin d’année. J’ai gagné en constance à l’entraînement au fur et à mesure que l’année avançait. Des beaux moments avec les amis dans toutes sortes de météos. J’ai fait mon premier trail depuis que j’ai un certain niveau de forme. Je me suis beaucoup amusé. La course c’est les amis. La course c’est prendre soin de moi. La course c’est les sensations. La course c’est la présence. La course c’est la conscience de soi. La course c’est aussi à l’occasion y aller à fond. Quand est venu le temps de s’inscrire à Boston pour 2020 je n’ai pas pu résister. La course c’est aussi les voyages entre amis.

Le marathon du P’tit Train du Nord de cette année arrivait comme une étape intermédiaire plutôt qu’une fin de cycle. Les grosses semaines d’entraînement ont passé vite. J’étais surpris en constatant à 3 semaines de l’épreuve que ma plus grosse semaine d’entraînement était déjà derrière moi! Aux antipodes de l’année 2018 où j’attendais la diminution du volume impatiemment.

En route vers le départ dimanche matin avec les amis vient la question: “Quel est ton objectif, Max?” Habituellement dans le monde de la course la réponse simple… C’est un temps visé. Heureusement on avait le temps pour discuter en route vers Val David pour le départ. Après avoir donné ma réponse aux amis: aimer encore plus la course à l’arrivée qu’au départ… On m’a répondu: “C’est une belle réponse philosophique. Mais ton temps visé, c’est quoi?” Je suis entré dans le détail: “Les gars, je ne cours par après un meilleur temps. Aimer la course à la fin du marathon ça se traduit par ne pas frapper le mur au 30e kilomètre. Faire la 2e moitié aussi vite que la 1re ou plus vite. Avec ce que j’ai démontré à l’entraînement, je serais déçu si je n’étais pas sous les 3 heures”. Je n’étais pas complètement affranchi de l’objectif de temps, mais il y avait beaucoup de souplesse dans mon approche. J’étais bien.

La clef pour moi se résume à être patient. Laisser les choses arriver. Laisser la vie me surprendre. Mon côté anxieux me pousse trop souvent à provoquer le futur. À forcer pour que les choses arrivent. C’est de ça que j’ai beaucoup envie de me départir. La vie va me surprendre aujourd’hui et je vais la laisser faire. Pas besoin d’avoir peur. Elle n’en serait pas à son premier coup d’éclat cette année avec moi. Ça va être correct.

Le feeling dans la voiture était relaxe. Mes amis coureurs d’expérience étaient prêts à tout pour leur course à eux. Yves ne pensait pas faire le marathon 3 semaines avant l’épreuve. Philippe a décidé de le faire 3 jours avant pour accompagner un ami. L’autre Philippe, dans la jeune vingtaine celui-là en était à son tout premier marathon. Yves allait l’accompagner comme un vieux sage. On est arrivé à 35 minutes du départ. L’an passé nous étions arrivés une bonne heure avant. On est en terrain connu… Vraiment!?

Je laisse mes choses dans la voiture pour marcher vers le départ afin d’aller aux toilettes. Mon plan est de revenir finaliser mon habillement après avoir été au petit coin. Après avoir marché plus d’un demi-kilomètre, je réalise que j’en ai probablement un autre demi-kilomètre à parcourir avant d’arriver au petit coin. C’est là que je commence à me dire que mon plan ne marche pas. Je dois retourner à la voiture pour mes vêtements et ensuite retourner au départ faire la course. Je n’aurai pas le temps et j’ai encore moins envie de m’ajouter 3km de course avant les 42.2 km. Je change les plans et je retourne à la voiture. J’attrape rapidement tout ce dont j’ai besoin. Antoine me confirme qu’il sera au départ pour que je puisse lui balancer les vêtements qui me gardent présentement au chaud dont je n’aurai pas besoin pendant la course. Je reprends ma route vers le départ. J’arrive à la zone de départ 10 minutes plus tard. Il est 8h21 et le départ se donne à 8h30. Je n’ai toujours pas été au petit coin et je ne suis vraiment pas séduit par la possibilité de transporter ce poids inutile pendant 42.2 km. Il y a une file d’une centaine de personnes pour les toilettes. J’ai encore les survêtements sur moi. Je dois les enlever et remettre mes souliers puis placer mes gels. Ça se bouscule dans ma tête. D’abord l’habillement et ensuite on verra pour les toilettes. Il est maintenant 8h24. Je lève la tête. Il y a une dame qui sort de l’une des toilettes chimiques dans la 2e rangée à 40 mètres de moi. Elle fait des signes à la prochaine personne en fille. La toilette d’à côté est aussi au vert. C’est maintenant que ça se passe pour moi. Je cours à 3m30s/km jusqu’à cette petite ligne d’arrivée satisfaisante. Je sors de là à 8h27. Je me faufile dans le coral du devant pour le départ. Je trouve les copains de mon niveau. Il est 8h29 et j’aperçois Antoine à qui je lance mes survêtements. Le départ est donné! Ouf! Je me dis que je vais profiter des 10 premiers kilomètres pour me calmer.

C’est frais. Les paysages sont de toute beauté. Il fait très beau. Je me rejoue l’histoire d’avant course. Je la trouve bien drôle. La vie m’a déjà envoyé une pas pire frousse… Ça fait du bien de me poser. J’ai la même stratégie de mantras que l’an passé. La course est divisée en 6 sections dont les 5 premières de 8km pour se rendre à 40km et le 2.2km restant qui fait office de section finale. Comme je ne cours pas après un temps cette fois-ci les mantras sont plus souples pour moi. Il se crée un peloton de coureurs autour du lapin visant 2h59 minutes. Je rattrape ce peloton vers le 18e km. C’est assez intense passer à 40 coureurs dans les stations d’eau où on ne veut pas ralentir. Mon rythme a été plus constant cette année que l’an passé où j’accélérais par tranche de 8km selon les mantras. Si je prends les temps fournis par l’événement voici le découpage: rythme de 4m14s/km les premiers 10km, 4m14s/km du 10 au 21.1km, 4m13s du 21.1 au 30km et finalement 4m15s/km du 30 au 42.2km.

C’était facile pour moi jusqu’au 24e km. C’est un peu tôt pour commencer à avoir des difficultés. J’étais donc préoccupé. J’avais mal sous les pied74848871_2577493845678204_498684993426423808_os. Un peu comme des brûlures entre la peau et les os. La carrosserie montrait quelques signes d’usure. Comment faire évoluer mon marathon pour aimer la course encore plus dans une heure? C’est le questionnement qui m’habitait du 24e au 28e km. Puis la réponse est venue… En voyant au-delà du marathon. Ce n’est pas une fin en soi ce marathon. Ce n’est même pas la fin de ma journée. Les enfants vont être là à 200m de la fin. Mon questionnement est passé un peu comme il est venu. C’est à dire progressivement, sans que j’aie à faire d’efforts. La réponse qui s’imposait: Je vais me ménager pour continuer à profiter de l’expérience.

C’est comme ça que ça s’est passé. Je me suis ménagé. J’ai dit bonjour à des bénévoles. Je sentais bien que j’avais une autre vitesse plus rapide accessible. Je n’avais pas envie d’aggraver mon inconfort sous les pieds. J’ai croisé des amis. Vincent avec qui j’ai fait de bons entraînements et qui m’encourageait. Dorys mon coach, Sandra qui revient d’une blessure et Antoine le généreux chauffeur du jour. Je souriais à tout le monde. Je me souriais. J’ai décidé que j’allais faire des high fives aux enfants en passant. L’expérience de la course a été partagée avec eux de différentes manières cette année. C’était ma manière de leur dire merci pendant le marathon.

Voilà. Vous voulez savoir mon temps parce que c’est important? 2h59m00s. C’est 19 secondes de plus lent que l’an passé. Est-ce que j’aime encore plus la course qu’au départ? Certainement. Je peux courir et me ménager. Je peux courir et prendre soin de moi pour continuer d’avoir le goût après. Ça, c’est la satisfaction dont j’avais besoin.