Quand le thème de la journée sort du toaster.

On parlait déjà de l’équilibre travail-vie familiale avant la COVID-19. Le confinement vient avec des défis et des opportunités. Faire l’école aux enfants les matins depuis 5 semaines me fait un grand bien. Depuis que j’ai placé le début de ma journée de travail avec les collègues et clients à 10h cela me donne quelques heures le matin à enseigner aux enfants. Sauf que je pense que j’apprends autant qu’eux.

Je me reprends : Apprendre avec mes enfants jusqu’à 10h me fait du bien.

Le fait d’apporter le changement dans l’horaire a été libérateur au sens où avant de le faire je me sentais pris entre ma mission au travail et celle auprès des enfants. Comme si les deux engagements pouvaient être contradictoires parce que mal coordonnés. Les deux missions se réalisant au même endroit il devenait essentiel qu’elles ne se réalisent pas en même temps…  La routine, c’est effectivement important. Cela peut être libérateur. Cela donne des moyens.

Mon garçon 6 ans et ma fille 8 ans se sont obstinés l’autre matin au petit déjeuner juste avant la classe. C’était l’étape de la 2e gaufre; chacun ayant eu sa première. On a donc 2 gaufres faites maison sauf qu’il manque un coin sur l’une d’entre elles… C’est l’agitation, on s’approche de la tension; chacun voulant la gaufre complète. Pas question de se satisfaire de la gaufre trouée. C’est là que je commence à me dire qu’il doit bien y avoir une manière équitable de gérer ce conflit en devenir. Et puis… Je me suis attrapé juste avant d’aller vers l’approche mathématique au nom de la justice. 

J’ai proposé aux enfants de prendre un autre angle en se posant les questions suivantes:. Mon bonheur réside-t-il vraiment dans un coin de gaufre bien plein? Ou encore, est-ce que je donne le pouvoir à un trou de gaufre de me mettre en colère? J’ai eu droit à des regards inquisiteurs: Quoi? Franchement! Ben voyons donc! Ils étaient bons joueurs et intrigués rendus-là.

J’embarque en mode partenariat avec eux : Vous savez, ma manière habituelle de traiter la situation en mesurant les gaufres pour « bien » les séparer ne vous donne pas les moyens de cultiver votre bonheur pour la vie. Cette approche sous-entend que se comparer à l’autre est la bonne chose à faire. Elle vous laisse croire que vous devez aller en médiation pour retrouver une certaine paix. En plus, elle contribue à vous positionner en compétition avec l’autre ou victime de l’autre. L’opportunité, ici c’est de comprendre l’histoire qui joue dans notre tête quand la colère s’installe et de voir si c’est une histoire qui est au service de notre bien-être, de notre bonheur, ou si au contraire c’est une histoire qui génère de la souffrance ou une victimisation. J’étais pas mal fier de moi. La table était mise pour apprendre ensemble. 

Quelques jours plus tard, je discutais avec une amie VP RH d’une grande organisation à propos du futur de la gestion des talents et de l’expérience employé. On en venait à la conclusion que les organisations et plus précisément leurs gestionnaires ont été projetés, en raison du confinement, face à la nécessité de faire confiance à leurs employés. Tous les gestionnaires ne sont pas prêts à faire confiance et tous les employés ne se voient pas encore comme des gens qui veulent de l’autonomie. Cette leader RH fût tristement surprise qu’on lui dise: C’est bien beau la confiance mais quelles sont nos politiques organisationnelles? Quand même bizarre que l’on sente le besoin d’encadrer la confiance avec une politique, non!? 

Mais bon, puisque c’est aussi ça le rôle des leaders RH, notre conversation s’est poursuivie: Est-ce que nos politiques sont là pour donner des moyens d’augmenter l’autonomie de nos gens ou pour protéger l’entreprise de ses employés? Il s’agit d’une réflexion sur laquelle Margaret Wheatley se penche depuis un bout de temps. C’est là que je commence à raconter à mon interlocutrice mon histoire de trou de gaufre. On a bien ri. Et puis c’est là que je fais le lien entre les deux. Ma politique parentale d’équité où j’aurais dit qu’il faut mesurer les gaufres n’est pas adaptée à ma mission de faire de mes enfants des êtres humains autonomes capable de prendre la quête du bonheur dans leurs propres mains.

Je reviens aux gaufres. En fin de journée après le brossage des dents, fiston dit à sa sœur: C’est une bonne affaire quand on s’obstine le matin parce que ça nous donne un thème pour la journée!

Elle de répondre: Ben oui, qui aurait crû que le thème pouvait sortir du toaster!?